|
une ptite histoire...
hello à tous,
Je viens de me rendre compte que quasi-personne ne sait ce qui s'est clairement passé il y a quelque 2 ans et demi chez Bonzai.
Parce que j'ai besoin de le partager, parce que ce fut dur, parce que maintenant c'est digéré et derrière, je pense qu'un microblog s'impose (avec 2 ans de retard je sais LOL) afin de raconter tout ce parcours de 5 ans entre mon arrivée et mon départ des locaux.
Novembre 98, Bonzai est vraiment sur une pente ascendante. Meet her at the Love parade avait cartonné en clubs, et Universal Nation se dessinait comme un futur classique. C'est à ce moment que C. et M. me font une surprise de taille. Ils me proposent de rejoindre leur équipe de producteurs "in-house", je veux dire travaillant dans le même bâtiment, et me montrent où en sont les travaux qu'ils avaient réalisé. Je me suis vraiment senti chanceux et honoré, et j'ai pris mon courage à deux mains, quitté mon emploi dans une chaîne de type surcouf. Au même moment on m'annonce qu'un nouveau bâtiment, très moderne, va être construit juste en face de nos locaux, afin de nous accueillir de meilleure manière. Un architecte avait fait plans et maquette, c'était enorme, et cela devait être fini pour 2001, un rêve pour nous tous...
J'ai rejoint une équipe à l'époque centrée sur Mike, Frederico Santini, et Gred Dewindt, tous produisant des disques depuis 10 ans, la moitié de ma très courte vie, me disais-je. A 20 ans on a des idées plein la tête, mais on se laisse encore trop vite marcher sur la tête. Mes débuts dans ce "studio" furent moralement durs, mais n'importe quel nouvel employé dans une entreprise vivait ça aussi, pensais-je. Les mois passant et les productions défilant, je me suis fait accepter, j'ai déménagé sur Anvers évidemment, pour éviter la route de 100km par jour, et je ne regrette rien. C'est à ce moment là exactement que j'ai commencé à faire énormément de prods, notamment celles que vous connaissez le mieux comme Alone in The Dark et Save me ou même encore Sunspot.
2000 fut une année vraiment charnière dans ma carrière mais aussi dans ma vie. En quelques jours de temps se sont succédé une ribambelle de bonnes et mauvaises choses. D'abord mes rentrées financières qui se sont révélé énormes (grâce à vous!!), puis décès familial très difficile à vivre, et ensuite ma rencontre avec celle qui va devenir ma femme. Vous allez vite comprendre que ce que nous avons vécu plus tard aurait été difficilement vivable pour moi tout seul. Je vénère l'Eternel et le remercie de ce cadeau tombé dans mes bras.
Enfin, une carrière de dj qui commence également, avec mon premier booking au Japon. Faut moins que ça pour être heureux.
fin 2000 et 2001 furent extraordinaires. Beaucoup de sorties et des bookings dans des clubs énormes, des moments mémorables passés derrière les platines de beaucoup de clubs...
Mon Studio était toujours le même, le moins garni des trois que nous avions. J'ai préféré cela, et je me félicite encore aujourd'hui de toujours opter pour la simplicité, même si ce que j'avais était assez conséquent à l'époque... Au fur et à mesure de mon expérience, j'ai laissé partir le matériel, préféré le logiciel... Jusqu'en novembre 2001 au moment de déménager dans les nouveaux locaux.
J'accusais alors une baisse de régime niveau prod, largement compensée par de nombreux bookings à l'étranger. Je décidai d'attaquer mon déménagement très rapidement, même si le studio n'était pas entièrement terminé, afin de prendre un nouveau départ, plus frais. J'aurai mis 3 jours en tout et pour tout.
Le nouveau bâtiment était un gigantesque Bunker, parking privé pour au moins 25 places, 4 étages, chacun de plusieurs mètres de haut, salon central entre 4 magnifiques studios entièrement insonorisés, cuisine, gigantesque balcon, magasin de disques à portée, magasin de jeux ( et de chocolats, héhé) à portée, il ne m'en fallait pas autant pour me sentir comme un poisson dans l'eau. Tout allait plutôt bien, du moins je le croyais.
Mes actuels collègues, alors patrons de la firme, avaient dû sérieusement boucher les trous financièrement afin de terminer le bâtiment à cause de mauvaise estimation de l'entrepreneur, et ce sans nous en parler, de peur que nous paniquions. Ils m'ont fait part de leurs inquiétudes quant aux problèmes liés au remboursement hypotécaire conséquent, combinés aux problèmes de nos principaux partenaires étrangers (Bonzai UK, Allemagne, et autres), qui éprouvaient les pires difficultés à les payer, ce qui avait pour conséquence des retards de paiements, notamment de mes royalties, oui... Mes collègues insistèrent sur le fait qu'il était important de produire assez de disques, parce que nous étions tous les géniteurs de leurs rentrées après tout. Ce que nous avons fait, et je dois dire qu'à l'époque, j'ai vraiment enchaîné prod sur prod sans trop me poser de questions.
2002 arriva, avec son lot d'évènements... et je dois dire que j'ai vécu alors une des périodes les plus heureuses de ma carrière. Les rentrées étaient retardées mais honorées, et surtout j'avais pris le rythme et appréciais à sa juste valeur cette "vie de château sans château". J'enchaînais toujours les productions et les bookings, cette fois avec moins de difficulté...
Mais ce bonheur fut de très courte durée, mes collègues me signifiant l'arrêt total de paiements de nos principaux partenaires directs à l'étranger, qui représentaient alors jusqu'à 60% de mes revenus je précise, ce qui donc laissait présager des retards de paiement importants. Mensonges, trahison de la part de ces partenaires lointains, je peux vous dire que j'ai très mal vécu cette déconvenue, jusqu'à risquer de perdre ce que j'aimais le plus. A 23 ou 24 ans, on est sans doute encore trop sensible à de brusques revers, et ma personnalité n'aidant pas, je culpabilisais tant que je perdais mes repères, notamment sur ce qui était important dans la vie de chacun.
Malgré tout, j'ai réussi à avancer, à quelque peu surmonter cette frustration, jusque fin 2002, en ne sachant pas que le revers à venir allait être si difficile à accepter.
C'est fin février 2003 que le "château" s'est entièrement écroulé pour ainsi dire. Du jour au lendemain, pas de paiements, employés se mettent en grève de manière stupide, et puis surtout, tout un univers dans lequel on évolue, brusquement arraché par le vent contraire qui souffle. Une situation catastrophique nous attendait... J'ai dû déménager mon studio en pleine nuit avec l'aide de mes parents, ramener la totalité de ce qui m'appartenait dans 20 m2 d'espace (mon appart était un 3 pièces), parce que la faillite serait prononcée le surlendemain... Une situation burlesque et horrible que l'on n'imagine même pas dans un film. Je vois ma vie dans ces locaux défiler, et je n'arrive pas à réaliser que tout cela est fini... Je ne l'accepte pas et débloque totalement. Surtout je sens le besoin de retourner là où j'appartiens, le besoin de bouger et laisser derrière un véritable cauchemar. Je déménage à mon tour.
Au total il me faudra 14 mois pour m'en remettre, 14 mois d'errance, de doute, et pour beaucoup de galère, sans 1 seul eurocent en poche, parce que l'imprévisible, l'impossible est arrivé. Comment prévoir une chose pareille, me disais-je, pourtant j'aurais dû le prévoir, du moins assurer mes arrières. J'aurai tout eu en 14 mois, problèmes financiers, dépression très très grave, insomnies, et je passe les menaces de certains créanciers. Je me disais surtout que on peut aller beaucoup plus bas que ça... Et que je pouvais m'estimer heureux d'être en vie. Grâce à ma femme, grâce à ma famille et surtout grâce à mon ami M., j'ai pu surmonter un obstacle de taille. Je n'y serais jamais arrivé sans eux et je les en remercie.
Tout ça pour de l'argent, qui compte plus que tout dans nos vies, qui les domine, les manipule... qui fait tourner le monde, quoi.
Aujourd'hui c'est avec des idées bien en place que j'ai envie de revenir mettre un peu de désordre dans l'ordre établi. Je regarde ces évènements avec distance et me dis, surtout aujourd'hui, qu'on peut tomber très bas dans la vie, et que ça ne dépend pas toujours que de nous, de notre force à vouloir certaines choses plus que tout, que nous avons cette CHANCE de pouvoir encore contrôler notre destin à temps, grâce à nos amis, à nos familles. D'autres ne l'ont pas eue.
Je m'estime heureux d'avoir passé tout ça, et je m'estime CHANCEUX de ne pas être tombé beaucoup plus bas. Et je vis aujourd'hui avec la peur au ventre comme moteur pour remonter la pente
Regardez Ca Se Discute ce soir sur France 2... Je l'ai vu hier soir, ça m'a particulièrement touché, et je me suis dit qu'après tout ca peut à tous nous arriver. Ca n'a fait que donner un sens à mon comportement de ces derniers mois. Puisse ce qui est témoigné dans l'émission ne JAMAIS vous arriver, qui que vous soyez...
Voilà, ya pas de question, pas de réponse, pas d'arguments, pas de faire-valoir, juste un petit bout de mon histoire.
L.
PS chouchou, merci de m'avoir aidé pendant ces années. Tu peux pas savoir à quel point JE T'AIME!
___________________
Http://www.airwave-music.com is my new site. Djairwave.com is no more. A new era has begun
|