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| quote: | "Le téléspectateur homosexuel, sans être ignoré, doit apprendre à lire entre les lignes"
Caroline Fourest, rédactrice en chef de la revue "Prochoix" et membre de l'Observatoire du pacs
Dans quasiment toutes les émissions de tété-réalité françaises, il semble que le candidat, la candidate homosexuel(le) soit devenu(e) une figure imposée. comment l'expliquez-vous ?
La télé-réalité fonctionne sur le principe de l'identification. Plus on multiplie les modèles, plus on multiplie les publics s'identifiant à l'un ou l'autre des candidats. Ces émissions cherchent donc des profils relativement représentatifs et variés, où chaque candidat devient un peu malgré lui le représentant d'une catégorie. Ce qui peut aller de la catégorie "homo" ou "Noir" à celle de l'"enfant battu" ou de "la blonde fatale". De plus, la présence d'un gay pimente les relations sociales, crée des situations affectives que la production souhaite encourager.
Cette évolution peut-elle offrir des modèles d'identification aux jeunes et accroître la visibilité de l'homosexualité dans la société française ?
Dans l'ensemble, c'est franchement positif. Les scénarios de fiction ont longtemps été prisonniers d'une forme d'hétérocentrisme. La télé-réalité, au contraire, oblige le public à faire connaissance avec des personnages non seulement différents, mais qui existent ! Même si cela paraît un peu voyeur, le fait que des jeunes puissent voir vivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre des gays et des lesbiennes, ou des candidats identifiés comme tels, est un moyen inespéré de déconstruire certains a priori. Sans préjuger de sa sexualité, le fait qu'une jeune chanteuse comme Anne-Laure ["Star Academy 2", sur TF1] puisse assumer une vraie androgynie fait plus contre le sexisme et l'homophobie que bien des manifestations... Ce n'est pas un hasard si elle reçoit dix fois plus de courriers de fans que les autres candidats. Sur les forums, beaucoup de jeunes homos disent s'identifier à elle et se sentir mieux en la voyant rayonner à la télé.
Y-a-t-il une évolution dans la façon dont ces candidats sont présentés ?
Nettement. La première saison du "Loft " [sur M6], de "Star Academy" [sur TF1]ou de "Pop Star" [sur M6], nous a offert des candidats comme Steevy, androgynes, ambivalents. L'année suivante, la production a placé la barre plus haut en choisissant des candidats plus affirmés dans leur identité. Thomas [du "Loft 2", sur M6] a fait son coming-out et il a gagné la maison. Ce qui est une petite révolution dans un jeu où il fallait former un couple hétérosexuel pour l'emporter. Avec Anne-Laure, c'est différent. Elle ne parle jamais de sa vie privée, mais assume un style artistique libéré des contraintes de l'utra-féminité – avec d'autant plus de culot que les stylistes de la production ne cessent de vouloir la formater... Ceux qui s'identifient à elle font partie de cette génération post-pacs qui n'"avoue" pas son homosexualité, mais fait son coming-out en mettant en avant des références culturelles gay que même le grand public peut saisir aujourd'hui.
La représentation de l'homosexualité dans ces émissions apparaît-elle, ou non, comme une sexualité comme une autre ?
Jusqu'à un certain point. Au Etats-Unis, les gays et les lesbiennes participant à des émissions de télé-réalité se présentent comme tels d'entrée de jeu. En France, les producteurs d'émissions de télé-réalité sont friands de "relief", mais le téléspectateur homosexuel, sans être ignoré, doit toujours apprendre à lire entre les lignes. Les producteurs ont appris à jouer avec les insinuations, pour activer la machine à identification du public gay et lesbien sans pour autant perdre le public hétérosexuel ou nuire au produit qu'ils comptent exploiter par la suite. "Star Academy", par exemple, n'est pas seulement une émission de télé-réalité, c'est aussi un vivier dans lequel Universal puise ses chanteurs de demain.
La production évolue donc entre deux tentations : pousser ses candidats homos à faire leur coming-out et en même temps lisser leur image pour que leurs disques se vendent mieux en touchant un public des deux sexes. Les nominations permettent d'ailleurs de flairer les marchés. Le fait qu'Anne-Laure ait déjà gagné une fois le vote du public (700 000 voix) laisse penser qu'un artiste peut aujourd'hui conquérir un vaste public sans forcément rentrer dans le moule.
Propos recueillis par Pascale Krémer
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"Coming out" discret à "Star Academy"
Anne-Laure, l'une des huit dernières candidates de "Star Acadamy", le reality show de TF1, a choisi, mardi 5 novembre, comme "défi de la semaine" d'interpréter la chanson Sans contrefaçon, de Mylène Farmer, qui démarre par cette question : "Dis maman, pourquoi je suis pas un garçon ?" Peu après, elle confiait devant les caméras du "confessionnal" qu'il fallait y voir un "message" et que cela lui faisait du bien de "lâcher les choses". En cours de théâtre, cette jeune fille de 19 ans a ensuite lu un texte personnel dédié à une jeune fille qui avait beaucoup compté pour elle... Dans son résumé quotidien du lendemain, TF1 n'a pas gardé d'extraits de cette lecture, que seuls les abonnés de TPS, de Canal Satellite ou du câble recevant le Canal 24/24 (la chaîne de "Star Academy") ont pu découvrir.
Selon le fil d'information sur Internet du magazine gay Têtu, Anne-Laure est "bel et bien devenue une icône lesbienne" et "comme pour Steevy [dans "Loft Story", sur M6], en son temps, ses admiratrices inondent le site officiel de "Star Academy" de messages d'encouragements".
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