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un des meilleurs résumés de la situation:
DEUX MORTS DANS LA FUSILLADE
Comme dans un mauvais rêve
André Cédilot
André Noël
La Presse
Tout juste passé 12h30, hier, une voiture se gare près du collège Dawson. Un grand jeune homme tout de noir vêtu, Kimveer Gill, en descend. Il a trois armes avec lui, dont un fusil si gros qu'on a cru qu'il jouait dans un film. Mais ce n'était pas un film. Et la jeune femme de 22 ans qu'il a tirée est bel et bien morte. 20 autres personnes blessées, quatre dans un état critique. La police est intervenue très rapidement. Le tireur a été abattu et est mort sur place, ce qui a mis un terme à la troisième tuerie à survenir dans une institution d'enseignement de la métropole en 17 ans.
Kimveer Gill a stationné sa Pontiac Sunfire noire à l'angle de la rue Wood et du boulevard de Maisonneuve, près du collège Dawson, en plein centre-ville. Il a ouvert le coffre et sorti une carabine semi-automatique de 9 mm, un puissant pistolet de calibre .45 et un sac contenant un fusil de calibre 12 pouvant tirer quatre balles à chaque coup de pompe, ainsi que des vêtements. Il était passé midi trente.
Sa vie allait prendre fin une vingtaine de minutes plus tard. Sa vie, et celle d'au moins une cégépienne de 22 ans de Laval. Quatre hommes sont dans un état très critique; cinq sont sérieusement blessés et au moins six autres ont dû être soignés pour des blessures mineures ou des chocs nerveux. Pendant plusieurs heures, tout Montréal allait retenir son souffle, se demandant si on assistait à la répétition de la tragédie survenue en décembre 1989 à l'École polytechnique, quand 14 étudiantes avaient été tuées par un tireur fou.
Mais il y avait une grande différence avec le drame de Polytechnique. Hier, les policiers n'ont pas attendu de renforts avant d'intervenir. Ils sont passés à l'action dès qu'ils ont compris ce qui se passait. Et cela n'a pas pris de temps.
Gill, 25 ans, de Laval, sortait de l'ordinaire. Grand (environ 1,80 m), il était habillé tout de noir: hautes bottes noires, pantalon noir, manteau de cuir noir, comme ceux que portent les amateurs de Gothmetal. Ses cheveux noirs étaient coupés à la mohawk. Sur l'épaule d'un de ses vêtements était brodé le mot «Satan». Et sur un chandail, cette phrase: «We do what we have to do».
Armé comme un guerrier, il ne passait pas inaperçu. Des étudiants, qui se trouvaient devant le collège Dawson, l'ont remarqué et ont pensé qu'il était déguisé. «Le fusil était tellement gros que je croyais que c'était un jouet, a dit Alexis Rodini, une étudiante. En fait, je croyais qu'il participait au tournage d'un film.»
Gill ne voulait pas passer inaperçu, mais il ne souhaitait pas être repéré tout de suite par la police. Or, tout près, se trouvaient deux jeunes policiers dans leur auto, en train de rédiger un rapport sur une petite saisie de stupéfiants. Un obstacle à ses plans. Un premier obstacle qu'il fallait éliminer, comme dans un jeu vidéo. Sans réfléchir, il a tendu le sac qui l'encombrait à un passant.
Ce dernier, un avocat, a constaté qu'il y avait le fusil à pompe dans le sac et a entendu des coups de feu. Affolé, il a jeté le paquet sous une voiture et s'est mis à courir. Les fusillades commençaient. Mark Morin, 50 ans, président de Stratégie Marketing, se trouvait dans son bureau au 12e étage de la Place Alexis-Nihon. Il a entendu les coups de feu et accouru vers la fenêtre. Il a tout vu. Et pris les photos que nous vous présentons ici.
Les photos des premières victimes. Une femme, qui a réussi à se relever et que des secouristes ont pu placer rapidement dans une voiture pour la transporter à l'hôpital. Et un homme, dont la tête baignait dans une mare de sang. Le premier appel 911 est entré à 12 h 41. Il a été suivi de 400 autres.
Des dizaines d'élèves fumaient devant l'entrée principale du collège Dawson quand les premiers coups de feu ont été tirés. Cyrielle Vincent, 20 ans, a été alertée par «six à huit bruits de pétards». Elle a regardé par terre et vu le jeune homme tomber sur le dos. Elle s'est cachée derrière un arbre. Elle a vu plusieurs cégépiens se réfugier à l'intérieur du collège. C'était une mauvaise idée. Kimveer Gill les suivait, braquant sa carabine vers eux.
À l'affut par son cellulaire
Infographie La Presse
Cyrielle Vincent a entendu sonner son téléphone cellulaire. C'était son amis Nicolas Pensa, barricadé dans une classe voisine de la cage d'escaliers au quatrième étage du collège. La voix saccadée, il lui a dit: «On a mis trois grandes tables, une par dessus l'autre, devant la porte. On est cachés en majorité sous une table. On entend des coups de feu dans l'escalier.»
Selon plusieurs témoins, Gill a tiré sur plusieurs cégépiens en se rendant vers la cafétéria, notamment sur un jeune couple. La jeune femme était assise sur son amoureux; Gill a ordonné à l'homme de partir et il a tiré quatre balles sur la femme.
«Je sortais de l'école, puis il était là, à quatre mètres de moi, a raconté Fehr Marous, 20 ans. Il portait un trench-coat, des bottes d'armée. Il a commencé à tirer dans la foule, au hasard. Mon amie m'a agrippé par le bras et m'a dit de courir. Je ne sais pas si je serais encore là si elle n'avait pas réagi vite.
«Nous avons couru à l'intérieur du collège, parce qu'il arrivait de l'extérieur. Il nous a suivis en continuant de faire feu, jusqu'à ce qu'on sorte de l'école par l'arrière. Il avait le regard de glace. Il n'y avait aucune émotion sur son visage. Il ne souriait pas. Il tenait l'arme à deux mains tout près de sa taille.»
Une évacuation «très organisée»
Dès 12 h 50, neuf minutes après le premier appel au 911, des dizaines de policiers entourent l'édifice. Les étudiants sortent en grand nombre. «De façon très organisée», souligne Mark Morin, qui voyait toute la scène depuis son bureau du 12e étage. À 12 h 53, son appareil numérique montre des étudiants blessés qui fuient le collège. Une minute plus tard, une vingtaine de policiers entrent dans le collège, l'arme au poing.
Yura Selepey, 19 ans, faisait ses devoirs sur une des tables de la cafétéria, près de l'atrium, qui se trouve à l'étage principal, quand il a entendu des coups de feu. Il a vu Gill s'embusquer près des machines distributrices. «Il tirait au hasard dans la foule, a raconté le jeune homme. Des élèves se sont couchés par terre, d'autres ont couru vers le fond de la cafétéria. Des policiers se trouvaient de l'autre côté des machines distributrices. Des coups de feu retentissaient de part et d'autre.»
Yura Selepey a vu deux filles et deux garçons touchés par les balles. Felicia Steinfeld, qui se trouvait dans l'atrium, a vu une fenêtre, tout près d'elle, voler en éclats. «Get out, get out, c'est tout ce que j'entendais, a dit Éliane Gagnon. Au début, je pensais que c'était une blague. Mais j'ai vu un gars couché par terre et j'ai compris que c'était vrai. Il avait été touché à l'abdomen, je voyais le sang. Je me suis mise à courir.»
Plusieurs élèves se sont barricadés dans les salles de cours. Ils y sont restés cachés de longues minutes. «On a mis des meubles devant la porte, a dit Karlie Carpentier. Il y avait même un piano dans la pièce, alors on l'a poussé et on a mis des choses dessus pour cacher la vitre de la porte. On est restés cachés longtemps, 45 minutes je pense. Puis, on a entendu cogner, mais on ne répondait pas. Et là, quelqu'un a crié: Ouvrez, c'est la police.»
Devansh Shrivastava, un frêle cégépien d'origine indienne, a vu des condisciples tomber. Depuis l'étage supérieur, il avait vue sur l'atrium. Il a tendu son téléphone cellulaire pour tenter de prendre une photo de l'assaillant, qui se trouvait à une centaine de mètres de lui. «Il nous a repérés et a pointé son arme sur nous, a-t-il raconté. Nous avons couru. Il a touché d'autres gens.»
La fusillade était telle que des balles ont traversé le boulevard de Maisonneuve et atteint la place Alexis-Nihon. Le directeur de ce centre commercial, Robert Leriche, s'apprêtait à signer un bail avec un nouveau locataire quand il a entendu les coups de feu. «Le personnel de mon bureau a vu des projectiles ricocher sur les fenêtres, a-t-il relaté. Un son sourd. Les gens ont crié, c'était la panique. Tout le monde s'est lancé par terre, sous les bureaux, et on a ensuite évacué en catastrophe.»
Parce que, justement, la fusillade se faisait entendre dans le centre commercial, plusieurs personnes ont cru que plus d'un tireur était à l'oeuvre. Des dizaines de policiers ont envahi cet immeuble. Certains d'entre eux, habillés en civil mais portant une arme au poing, ont pu être confondus avec des tireurs fous... «On a vu un homme habillé en bleu avec un revolver», a raconté un passant, affolé, devant la station de métro Atwater.
Dans la cafétéria du collège, Gill se sent traqué. Il prend deux hommes en otage. Un policier l'atteint à une jambe. Il sort son pistolet de calibre .45 et se tire une balle dans le visage. Il s'effondre. Les policiers s'emparent de lui et le traînent à l'extérieur, devant une voiture de police, où ils tentent de le ranimer. Mais en vain. Il est 13h02.
Ce récit a fait appel à la collaboration des reporters sur le terrain. Pascale Breton; Caroline Touzin; Hugo Meunier; Hugo de Grandpré; Marcel Laroche; Sara Champagne; Anabelle Nicoud; Katia Gagnon
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