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| quote: | Deux ans après, TF1 lance une émission inspirée du "Loft"
LE MONDE | 25.04.03 | 13h17 • MIS A JOUR LE 25.04.03 | 18h18
"Nice People", programme de télé-réalité diffusé à partir du 26 avril, réunit des jeunes de plusieurs pays européens, filmés 22 heures sur 24 dans une villa près de Nice. M6, de son côté, va lancer, le 7 mai, "The Bachelor".
Faut-il y voir un pied de nez ou un symbole ? Deux ans, jour pour jour, après le lancement sur M6 de "Loft Story", adapté de "Big Brother", TF1 propose, samedi 26 avril, "Nice People", un programme de télé-réalité qui réunira pendant deux mois et demi six garçons et six filles venus de douze pays d'Europe.
L'émission est filmée 22 heures sur 24 par 50 caméras dans une villa de 450 m2, "avec piscine", construite dans les studios de la Victorine à Nice. Les candidats devront, chaque semaine, séduire les autres participants et les téléspectateurs pour ne pas être éliminés. Le vainqueur recevra un chèque de 200 000 euros pour "réaliser un projet de vie". Toute ressemblance avec le "Loft" ne serait bien sûr que fortuite...
Il est loin le temps où Patrick Le Lay, PDG de TF1, dénonçait, dans Le Monde du 11 mai 2001, "le vacarme" provoqué par "Loft Story". Par "choix éthique", écrivait-il, TF1 voulait "faire obstacle à l'irruption en France de la télé-poubelle". Depuis, les dirigeants de la Une ont révisé leur jugement. TF1 est aujourd'hui le plus grand consommateur de ce genre de programmes, avec "Koh Lanta", "L'Ile de la tentation", "Star Academy" ou encore "Fear Factor". Produit par une filiale d'Endemol France - le producteur de "Loft Story" -, "Nice People" sera dirigé par Alexia Laroche-Joubert (ancienne productrice de "Loft Story") et animé chaque samedi soir par Arthur, également PDG d'Endemol France.
Même si la direction de TF1 - qui a signé pour cinq ans un contrat d'exclusivité de 83 millions d'euros par an avec Endemol France - se défend d'avoir "copié" "Loft Story" et annonce que ce programme a pour but de "montrer que l'Europe est une réalité", la mécanique du jeu est identique. "Le concept de l'émission me paraît ressortir à une autre philosophie que celle du "Loft"", a affirmé mercredi 23 avril M. Le Lay, lors de l'assemblée générale des actionnaires du groupe. "Les participants parlent bien le français, pas comme la plupart des habitants du "Loft", qui avaient souvent du mal à bâtir une phrase avec un sujet, un verbe et un complément."
ENJEU ÉCONOMIQUE
Phénomène de société, enjeu économique et miroir social, la télé-réalité s'est, en deux ans, installée sur les chaînes privées françaises et frappe à la porte du service public, jusqu'alors rétif. "Nous ne confondons pas la télé-réalité avec la télévision du réel que nous diffusons à travers de nombreux documentaires ou magazines, comme ceux de Jean-Luc Delarue", argumente François Tron, directeur des programmes de France 2. "Il faut que le contenu de ce genre de programmes corresponde à nos valeurs", poursuit-il en citant en exemple "J - 60", le programme à la gloire de Johnny Hallyday diffusé chaque soir avant le journal de 20 heures.
Calées dans leur logique commerciale, TF1 et M6 ne se posent pas ce genre de questions. Elles rivalisent pour mettre à l'antenne ce genre audiovisuel qui oscille entre divertissement, jeu, variétés, voire documentaire. Un concept porteur d'audience (la finale de la première "Star Academy", sur TF1, a rassemblé 11,9 millions de téléspectateurs) et de recettes publicitaires. Un concept qui se décline aussi sous forme de produits dérivés très rentables (appels surtaxés, minimessages téléphoniques, disques, journaux, concerts).
"Nous n'avons jamais eu d'interdits avec la télé-réalité, a déclaré Edouard Boccon-Gibod, secrétaire général de TF1, lors d'un colloque sur la télé-réalité organisé le 2 avril par l'université Paris-Dauphine. Il y a deux ans, nous avons refusé le "Loft", car nous ne pouvions pas prendre un risque d'audience. A la différence de M6, TF1 doit maintenir sa suprématie dans ce domaine." Une position d'attente adoptée par toutes les grandes télévisions européennes. Elles ont laissé aux chaînes "challengers" le soin d'expérimenter ces nouveaux programmes. Pour TF1, la priorité donnée à l'audience n'exclut en rien de "maximiser les recettes annexes" dérivées, précise M. Boccon-Gibod. Ainsi, la première édition de "Star Academy" a généré 9,8 millions d'appels téléphoniques (à 0,56 euro la minute), 5 millions de SMS et suscité la vente de plus de 3 millions de CD single.
En deux ans, la télé-réalité a profondément remis en cause les modèles économiques, juridiques et sociaux des chaînes. "En tant qu'industrie, la télévision se cherchait des relais de croissance et la télé-réalité est arrivée de manière opportune", analyse Pascal Joseph, président d'International Média Consultants Associés (IMCA), pour qui ce type de format a aussi modifié le rapport du téléspectateur avec la télévision. "Il était en attente de mouvement et d'un nouveau mode de consommation", explique-t-il. Elle a aussi généré une manne publicitaire inespérée, et donc déteint sur les autres programmes.
Cette "irruption de l'intime", comme le décrit Jean-Louis Missika, professeur de sociologie des médias, a déstabilisé les producteurs, qui n'hésitent plus à introduire un zeste de télé-réalité dans les fictions, les jeux ou les documentaires. "Ce concept a modifié l'écriture des projets d'émissions", affirme M. Joseph, évoquant "la mise en scène" des candidats dans certains jeux. "Avant, les jeunes parlaient comme les vieux, constate de son côté Pascal Nègre, PDG d'Universal Music France. Avec la télé-réalité, ils se sont mis à parler normalement, c'est-à-dire très mal pour les adultes..." Mike Morley, directeur marketing chez Endemol International, qui produit "Big Brother" dans trente pays, ajoute : "La télé-réalité est une loupe grossissante du comportement des individus et s'adaptera selon les demandes", affirme-t-il en prédisant "encore plus de glamour et plus de sexe".
Pour preuve : le 7 mai, M6 programmera "The Bachelor", produit par W9, une filiale de la chaîne, qui a connu un grand succès sur ABC aux Etats-Unis. Ce "feuilleton de la séduction", selon M6, permettra à un célibataire de sélectionner une femme.
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