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Montréal, ... parmi les quatre villes incontournables du jeu vidéo - Wired
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10-04-2004
Jeux vidéo
Montréal joue gros
Nicolas Ritoux
collaboration spéciale, La Presse
Dès les premières secondes du jeu Prince of Persia, «UbiSoft Montréal» s'affiche fièrement en lettres capitales. Ce serait dommage de se gêner; Montréal s'est hissée parmi les villes incontournables du jeu vidéo.
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Les investisseurs affluent, les créateurs sont bien payés et les joueurs s'amusent. Montréal a été citée par le magazine californien Wired, bible des technologies branchées, parmi les quatre villes incontournables du jeu vidéo. Cette mention pourrait passer pour un de ces entrefilets étrangers consacrés à Montréal, qui nous excitent souvent pour rien.
Sauf que cette fois, c'est sérieux : la masse salariale de l'industrie montréalaise représentait déjà 60 millions, il y a 18 mois, selon le dernier recensement de Secor pour le compte d'Alliance Numeriqc. Ces chiffres sont en hausse constante, à l'image des ventes de jeux au pays, qui se sont élevées à 388 millions de dollars en 2003, soit 28% de plus qu'en 2002 (selon Nielsen).
Mais assez de chiffres. La question qui s'impose n'est plus «sommes-nous capables?», mais plutôt: «Pourquoi sommes-nous si bons?» Pour connaître la réponse, il suffit d'interroger les travailleurs de cette industrie, qui sont tous très heureux de la situation, des gros investisseurs étrangers aux étudiants fraîchement sortis de l'école. Quand on se taille une place dans un marché aussi prometteur (et amusant!), il y a peu de raisons de se plaindre.
Les qualités d'un bon joueur
Montréal possède quatre qualités majeures, selon Alliance Numeriqc, association qui a reçu cette année 37 délégations d'investisseurs étrangers en multimédia. D'abord, on trouve ici des studios d'éditeurs majeurs comme UbiSoft et Electronic Arts, mais aussi d'importants fabricants de logiciels 3D (SoftImage, Kaydara, Discreet) qui travaillent étroitement avec les créateurs de jeux.
Ensuite, il y a les politiques favorables des différents gouvernements, qui ont laissé des traces malgré les nombreux investissements hasardeux de l'époque de la «bulle financière» des technologies. Et puis, il y a la formation: avec des écoles spécialisées comme le Centre NAD et Icari, Montréal occuperait la 2e position mondiale dans le domaine du jeu interactif après Boston.
Enfin, et c'est le critère décisif pour des travailleurs qui sont en majorité dans la vingtaine, Montréal est une ville créative, un pôle artistique nord-américain qui offre une qualité de vie exceptionnelle - sans compter son nightlife!
«Les gens d'ici sont fiers de dire qu'ils sont d'ici», constate Marc Labelle, de la mise en valeur du territoire et du patrimoine pour la Ville de Montréal. «C'est un marché de créativité reconnu dans le monde. Bien sûr, toutes les villes communiquent sur leur créativité. Mais ce n'est pas toutes les villes qui peuvent se vanter d'avoir développé un secteur culturel aussi fort. La créativité, le savoir et l'éducation sont de grandes valeurs des Montréalais, tout comme le développement économique.»
Ce discours louangeur, on ne l'entend pas seulement chez les employés municipaux. Le Français Alain Tascan, qui vient d'ouvrir le nouveau studio du géant Electronic Arts à Montréal (500 employés prévus sur une période de cinq ans), a préféré notre ville à d'autres. Sa décision est loin d'être froidement économique. «La première raison, c'était le talent, avant même le climat économique. Je n'ai même pas mis les crédits d'impôt dans mon plan d'affaires, car nous sommes une société publique. En fait, tout ce qui compte, c'est d'être là où il y a le talent», explique-t-il.
«On a quatre des plus grandes universités canadiennes, ainsi que des écoles spécialisées, et on peut attirer des talents de New York ou Boston. Et le multiculturalisme montréalais permet de concevoir des jeux qui toucheront autant les Européens que les Nord-Américains», souligne M. Tascan, qui est vice-président et directeur général d'Electronic Arts.
Selon lui, plus on sera de joueurs, plus on produira de jeux. «Je participe avec Montréal International à des missions en Californie pour promouvoir Montréal. Nous voulons atteindre une masse critique d'investisseurs. Tout le monde va à Hollywood pour le cinéma parce qu'il y a une masse critique de studios. Quand la compétition augmente, la qualité augmente.»
Notre Hollywood à nous?
Montréal peut-il être au jeu vidéo ce que Hollywood est au cinéma? «Montréal est encore un secret bien gardé», croit Isabelle Marazzani, directrice du marketing au Centre NAD, qui forme des concepteurs de jeux vidéo.
«Les Montréalais qui ne travaillent pas dans notre secteur ignorent notre importance, poursuit-elle. L'industrie ne fait pas beaucoup de bruit, et elle s'est dissociée des gens du multimédia qui, de leur côté, ne nous mettaient pas de l'avant. Le jeu vidéo, c'est salissant, c'est violent. Et plein de gens pensent encore que c'est un truc pour adolescents, ce qui est complètement faux aujourd'hui.»
Du côté de Montréal International, une société de promotion économique qui a aidé Electronic Arts à s'installer et discute actuellement avec d'autres éditeurs majeurs, on précise que les gros investisseurs de Californie savent très bien que Montréal est attirant. «Les gens qui communiquent avec nous ont déjà un préjugé favorable. Ils ont entendu parler de la créativité québécoise grâce à des artistes comme André-Philippe Gagnon ou Céline Dion», dit Louise Tibouthot, directrice du développement des affaires.
Le succès de l'industrie locale devrait donc tout à Céline Dion? Une chose est sûre, elle n'est pas la seule à pouvoir s'en vanter. Les deux acteurs qui ont pris tous les risques au début sont Artificial Mind and Movement (A2M) et UbiSoft.
La première, 100 % québécoise, est à l'origine du premier jeu vidéo international produit au Québec, Jersey Devil (1995), et a changé de nom plusieurs fois avant de devenir un développeur majeur pour des éditeurs étrangers. Et c'est UbiSoft Montréal, aujourd'hui le second plus gros studio au monde (par implantation), qui a posé le jalon décisif pour l'industrie en 1997, quand la maison mère française a décidé de s'installer ici.
«Quand nous sommes arrivés, il n'y avait pas d'industrie, raconte Martin Tremblay, directeur d'UbiSoft Montréal. Il y avait peut-être 100 personnes qui faisaient du jeu, et du jeu de base. On a vraiment créé l'industrie à Montréal. Le Québec se vante d'avoir des films aux Oscars, mais nos jeux vidéo se portent aussi très bien.»
Et les chiffres le prouvent: classé parmi les meilleurs studios au monde, UbiSoft Montréal a frappé un grand coup en 2002 avec Splinter Cell, un jeu d'espionnage vendu à cinq millions d'exemplaires. Et son récent Prince of Persia se vend lui aussi très bien. Aujourd'hui, la compagnie emploie 700 personnes à temps plein, et s'étend progressivement sur tous les étages du 5505 St-Laurent.
Montréal 1, Vancouver 0
«À notre arrivée, on a pu trouver des gens avec des bases en 3D, ajoute Martin Tremblay. Mais il y avait aussi l'aspect culturel. Nos employés ont plusieurs nationalités, et c'est un critère important parce que nos jeux sont pour le marché mondial. La variété est un critère d'embauche pour nous. La seule autre ville aussi créative et cosmopolite que nous aurions pu choisir était Vancouver. L'aide gouvernementale a servi de critère déterminant.»
La victoire contre Vancouver a été entérinée avec le succès de Splinter Cell et l'arrivée d'Electronic Arts - qui a aussi un studio là-bas, mais compte lancer à Montréal quatre gammes de jeux (appelées franchises) dans les prochaines années. Et battre Vancouver, c'est comme battre tout le reste du Canada, car l'Ontario ne s'est jamais vraiment taillé une place dans cette industrie.
«Nous faisons maintenant partie des régions en croissance, et non plus des régions en émergence», résume Gilles Bertrand, président d'Alliance Numeriqc. On a maintenant une gamme plus vaste que Vancouver, les efforts gouvernementaux sont plus avantageux, et on a un pont culturel avec l'Europe. Mais avant d'atteindre le club des quatre grands (la Californie, la Corée, le Royaume-Uni et le Japon), il y a encore du chemin à faire.
Tout pour la créativité
Ce qui nous ramène à Céline. L'attrait qu'exerce Montréal sur les investisseurs et les travailleurs a des fondements culturels très solides, soit ses artistes, son art de vivre, son ouverture d'esprit et sa culture.
«Pour quelqu'un qui a vécu à New York ou à Londres, ce n'est pas diminuer sa qualité de vie que de venir travailler ici, affirme Louise Tibouthot. On est réputés pour notre tolérance. Des universitaires de Miami m'ont déjà dit avoir été surpris de constater qu'il n'y avait aucune différence dans la réaction du personnel d'un restaurant selon qu'ils parlaient anglais, français ou espagnol. Aux États-Unis, l'attitude aurait été différente. Il y a aussi la sécurité: certains producteurs de films américains sont étonnés de voir que je peux partir seule d'un restaurant du Vieux-Montréal, la nuit. C'est inimaginable pour eux!»
La Presse a publié récemment un article de l'universitaire américain Richard Florida, au sujet de la «classe créative» dans les villes comme la nôtre: «Ils préfèrent la culture locale - un mélange grouillant de terrasses, d'artistes de rue, de petites galeries d'art et de bistros où il est difficile de différencier les artistes des spectateurs. De plus en plus, les entreprises s'installent ou démarrent là où sont les gens créatifs et talentueux.»
Les travailleurs montréalais du jeu vidéo ont maintenant leurs propres activités sociales, organisées par la section montréalaise de l'International Game Developers Association (IGDA): conférences, tables rondes, discussions autour d'un verre de bière, etc. Des activités qui permettent aux gens du milieu d'échanger et de mieux se connaître, de l'animateur au scénariste en passant par le comptable. «C'est un format qui attire les jeunes comme les vieux, explique Mme Marazzani qui s'occupe aussi de l'IGDA. Sans ce côté 5 à 7, on parlerait juste de fric et de délais. C'est pas très inspirant pour quelqu'un qui dessine des personnages de jeux vidéo!»
Mais le plaisir ultime pour les travailleurs, c'est que cette industrie est l'une des rares dans le monde de l'informatique qui ne risque pas de voir ses emplois exportés en Inde, selon la tendance actuelle. Comme le rappelle Mathieu Vidal, d'Investissement Québec, «le jeu est un produit culturellement défini. Des Indiens ne pourraient pas créer des jeux nord-américains, de même qu'ils n'exportent pas leur cinéma ici. C'est pour ça que Montréal, avec tous ses artistes et ses créateurs, s'en sort très bien.» En tout cas, le fait de vivre au pays de la neige n'a pas empêché UbiSoft de créer un bijou de jeu dans l'univers moyen-oriental de Prince of Persia. |
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| fastmp3 |
| Splinter Cell , Prince of Persia , XIII ... trop c'est trop pour Montreal :cool: |
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